Jupiter et les travaux d’Hercule

Dans un précédent billet publié dans la coïncidence de la tempête Typhon et de la malemort de François Fillon, je concluais que le monstre titanesque Typhon, quoique vaincu par Zeus et enseveli au Tartare sous l’Etna, bougeait toujours et menaçait l’ordre du monde établi par le roi des dieux. Et je posais la question: qui chez nous sera Zeus, Sarko? Il se dit ces jours-ci que Jupiter est incarné dans la figure de notre Président.

Je le crois volontiers, si je me réfère à son regard d’aigle, foudroyant et éclairant. Mais il ne suffit pas de voir, Jupiter doit organiser le monde qu’il pense. Et à qui s’adresse-t’il pour l’exécution? A son propre fils qu’il a conçu par adultère en prenant l’aspect d’Amphitryon, Hercule, fils adoptif d’Amphitryon résigné. Vous reconnaissez ici le héros Edouard, chargé d’au moins douze travaux impossibles, dont tous les oracles se plaisent à prédire une chute ridicule. Jupiter déléguera sans doute son assistance à Athéna, Apollon ou Dionysos. Reste au Premier Ministre à déployer sa force herculéenne plus des trésors d’habileté.

Qu’il se souvienne que c’est avec une massue de bois d’olivier, arbre de la paix, qu’Hercule assomma le Lion de Nemée, avant de l’étouffer contre son torse. Confronté à la rage de l’Administration, il faudra au Héros se montrer ingénieux, impitoyable et motivant à la fois, s’il veut pouvoir revêtir la peau du Lion, qui lui sera nécessaire en d’autres exploits.

Ainsi protégé, il pourra défier l’Hydre de Lerne, ce reptile à têtes innombrables habitant les marais de l’Education Nationale. Son souffle est délétère, et son crachat empoisonné. Tel Hercule, Edouard pourra manquer à périr, mais trouvera peut être au fond du marécage la serpe d’or qui tranchera la tête centrale du monstre.

A propos de bourbier, il reste à faire prendre raison à Augias, qui depuis des décennies renonce à nettoyer ses écuries. L’odeur est atroce, et dissuade tous les éboueurs. Les bêtes ne travaillent plus aux champs, la ruine du royaume est proche. Edouard comme Hercule, je le sens, va barrer le cours de deux fleuves, l’un à droite, l’autre à gauche, et canaliser les eaux furieuses vers les écuries d’Augias. Laissera-t’il les deux fleuves reprendre leur cours une fois le lessivage achevé? Ce serait élégant.

Un autre courant puissant conduit aux enfers, c’est à dire à l’atrophie. Il va falloir capturer Cerbère, l’appât des ténèbres souverainistes. Hercule avait commencé à l’étouffer, mais se ravisant, négocie avec Pluton et convainc le dieu des enfers de le laisser emporter son Chien. Une fois dressé, il laissera Cerbère regagner son office, à la faveur d’un peu de proportionnelle.

Notre héros doit désormais tourner son regard vers les campagnes, où les cultures sont dévastées par l’énorme sanglier d’Eryamanthe. Aucune politique d’éradication, nationale ou européenne n’a réussi à assurer la survie des paysans. Il va falloir capturer le sanglier qui porte plusieurs noms, Carrouf, Auxchamps, ou Le Clerc, et comme il l’a fait pour Cerbère , les dresser sérieusement avant de les renvoyer à leur mission.

Direction le jardin des Hespérides, là où poussent les pommes d’or offertes par la Terre à Jupiter pour son mariage. Hercule doit aller les chercher avec les dents. C’est Atlas qui les garde, le géant qui ressemble à Madame Merkel. Car le Monde repose sur la prospérité. Il faudra que notre héros montre patte blanche pour libérer l’économie, déverrouiller le cadenas du Travail. Comme Hercule, qu’il libère de ses chaînes Prométhée, le frère d’Atlas dont le bon accueil lui sera ainsi garanti. Prométhée, puni par Jupiter pour avoir dérobé la connaissance! Que Jupiter abandonne  donc  à notre Héros le partage et la pédagogie!

Passer en revue les douze travaux à accomplir risquerait d’être fastidieux (mais il faudra bien qu’Edouard livre tous les combats). Arrêtons nous seulement sur le plus serein mais peut être le plus complexe des défis: Rapporter vivante la Biche de Cérynie, aux cornes d’or et aux pieds d’airain, une biche dangereuse mais sacrée, car elle fait partie de l’attelage d’Artemis, qui ressemble à un attelage de huskies où chaque bête doit courir pour ne pas être mordue par la suivante. Prudence donc avec la langue d’Esope, si charnue et si venimeuse, ces media si prompts à inquiéter l’opinion. Edouard comme Hercule devra toucher la biche d’une flèche d’or au talon, pour la ralentir sans la tuer. Il la livrera à Jupiter dans une cage dorée, mais qu’il n’oublie pas de la libérer pendant la nuit.

Avec l’intelligence d’Hercule et sa propre sagesse, Jupiter peut une fois de plus réussir l’impossible, comme le devinait Mark Twain: « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

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Présidentielles: arrêter de faire la gueule

Le premier sentiment qu’on doit à Emmanuel Macron, c’est le soulagement. Il nous a évité le pire, que l’on soit électeur de gauche, de droite, ou même du Front National: l’appauvrissement soudain, peut être définitif, et des contraintes grandissantes à la liberté. Je ne vois pas, à part lui, qui aurait pu l’emporter au second tour face à Mme. Le Pen. Ni M. Mélanchon, autre épouvantail, qui n’aurait jamais récupéré le vote de la droite, ni M.Fillon, trop suspect pour un ralliement des électeurs de gauche.

Au delà du soulagement, vient l’espoir. D’une révolution douce, d’un redémarrage d’une économie libérée, d’une sollicitude pour les plus défavorisés, d’un redressement de l’image de la France en Europe et dans le Monde, d’une refondation de l’Europe. Que ceux qui ne sont pas d’accord sur les moyens lui donnent le droit d’expérimenter. Ne soyons pas butés!

Et puis c’est plutôt rafraîchissant de voir surgir du vieux Pays, entre la doite « la plus bête du monde » et la gauche la plus archaïque, une force nouvelle autour de ce nouveau Président dont on ne peut nier l’intelligence, le courage, le panache, et la jeunesse: acceptons donc d’inscrire la France dans la modernité, et arrêtons de faire la gueule.

Cher Front de Gauche, es-tu républicain?

Toi qui aspires à gouverner notre Pays, en serais tu réduit aujourd’hui à t’aligner sur quelques jeunes agités irresponsables qui ânonnent « ni Le Pen ni Macron »? Et à favoriser par l’abstention ou le vote nul l’arrivée au pouvoir du Loup déguisé en agneau?

Je vais te raconter une histoire. Il n’y a pas si longtemps, dans un Pays de haute civilisation, qui avait connu une grave crise économique, où les communistes luttaient âprement pour les travailleurs, un nommé Goebbels avait convaincu son maître le Grand Loup que pour gagner le pouvoir, il devait colorer son nationalisme d’une belle teinte socialiste. Il écrivit ainsi une belle lettre aux leaders communistes: « Vous et nous nous combattons, mais nous ne sommes pas vraiment ennemis. Nazisme et socialisme, c’est la même chose ». Et profitant de ce que les autres partis rejetaient la jeune République centriste qui n’avait pas encore pu redresser l’économie, le Grand Nazi réussit à se faire nommer chancelier par le vieux Président. Et quand celui-ci mourut, il se fit plébisciter à sa place par…90% des 95% inscrits. Essayons autre chose, s’étaient-ils dit. Sans doute la main des électeurs de gauche avait-elle été un peu forcée, il y avait une milice pour cela. Ensuite? Les leaders de l’opposition arrêtés, les syndicats liquidés, la presse muselée…Enfin, tu connais la suite. Ca te rappelle quelque chose?

Je t’en prie, ne laisse pas passer. Après, c’est trop tard. En cas de malheur, tu ne pourrais pas dire que cette France affreuse n’est pas la tienne.

Présidentielles: la beauté du Diable

Ainsi, Monsieur Dupont-Aignan, ce petit candidat suffisant, a vendu son âme au Diable. C’est son droit, mais il a aussi vendu l’âme de Charles De Gaulle, ce qui est impardonnable. Quel gaulliste était-ce donc, lui qui épouse tout ce que le Général haïssait, Vichy, l’OAS, et tout ce qui réduit la grandeur de la France?

Car, on aura beau parler de diabolisation, Madame Le Pen est bien la patronne dynastique du Front National. Elle porte dans ses gênes l’ADN de Vichy, de l’OAS, du racisme et du révisionnisme, du brutal et de l’étriqué. Dis moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es: en l’occurence les neo-nazis autrichiens, allemands, hollandais…sans parler de son admiration pour Monsieur Trump.

On m’objectera que Dupont-Aignan n’a pas beaucoup d’importance, et que ses soutiens le rejettent déjà. Hélas, la tentation du Diable guette aussi les électeurs de François Fillon, encouragés par  certains cadres des Républicains. Faut-il que la rage les égare à ce point pour qu’ils en arrivent à rejeter leurs propres valeurs. L’Histoire jugera sévèrement les trahisons de soi-même.

Quant à Monsieur Mélanchon, Monsieur Renart, en favorisant le vote blanc qui profite à Madame Le Pen, il espère récupérer, au bout du désastre auquel aboutirait une mandature Le Pen, les 5% d’électeurs du FN qui l’avaient rejoints, et peut être beaucoup plus d’électeurs frontistes. Depuis le pacte germano-soviétique, les extrêmes font leur miel du chaos, et se rejoignent sans rechigner.

Heureusement, je veux y croire, Dieu veille, c’est à dire l’électeur. Il est assez intelligent pour ne pas se jeter de façon impulsive dans une flaque qui l’engloutira comme Gribouille qui ne supportait plus la pluie. A la litanie du « on a tout essayé, essayons autre chose »  un commentateur avisé répondait qu’on n’avait pas encore essayé de se tirer une balle dans le pied. Comme Gérard Philippe dans le film de René Clair « La beauté du Diable », on peut toujours reprendre sa liberté.

 

Météo F.Fillon: Zeus contre Typhon?

La tempête Zeus est bien mal nommée, puisque c’est Zeus, organisateur de l’ordre du monde, qui a vaincu Typhon le dévastateur, militant du chaos. Jean-Pierre Vernant nous conte ce mythe grec dans une langue savoureuse, comment Gaïa la Terre, qui n’a aucune morale, a conçu ce monstre redoutable en s’unissant au Tartare, c’est à dire aux enfers. Il a failli triompher de Zeus, ce Typhon redoutable aux cent bras, aux cent têtes de serpent dardant chacune une langue noire venimeuse, qui n’arrête pas de bouger, de frapper, de mugir. La bataille est terrifiante, elle stupéfie longtemps le monde des dieux et des hommes anxieux d’une perspective catastrophique. A la fin, c’est l’oeil foudroyant de Zeus, avec la lumière qu’il projette, qui l’emporte. La dépouille de Typhon est renvoyée au Tartare, dans les entrailles de la Terre, enseveli sous les énormes blocs de pierre de l’Etna.  D’elle subsistent quelques poussées éruptives du volcan, et, de façon imprévisible, des vents terribles qui ne soufflent jamais dans une seule direction. « Lorsqu’ils s’abattent sur la mer, on n’y voit plus rien, les navires sont perdus ».

Tout cela ne nous rappellerait-il pas un peu l’état de l’opinion mondiale, et tout particulièrement française d’aujourd’hui? Peut être même des Républicains, si volontiers partisans de l’ordre? Dans mon précédent billet « L’huître et les plaideurs », j’évoquais la façon dont le personnage de La Fontaine, Perrin Dandin, vient gober à l’improviste l’huître que se disputaient les plaideurs, fable répétée aux primaires. Le héros va subir dès lors les attaques de Typhon, venues de tous les horizons y compris de son camp. Il manque à périr, il souffre (je rappelais aussi que Jean de La Fontaine portait un cilice). Et voilà que Zeus lance sa foudre et sa lumière, et l’unité, l’ordre se refont. Mais qui est Zeus? Peut être Sarko? François Fillon serait alors Prométhée, le rusé à qui malgré l’appui qu’il lui a apporté dans sa lutte contre les Titans, Zeus fera payer cruellement sa ruse. Enchaîné sur un rocher, l’aigle de Zeus vient chaque jour lui dévorer le foie.

On ne sait si Prométhée l’emportera, et si les dieux survivront. Hélas, le Chaos n’est jamais totalement vaincu.

 

 

 

 

 

 

Primaires: L’huître et les plaideurs

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent                                                                                         Une huître que le flot y venait d’apporter:                                                                                                  Ils l’avaient des yeux, du doigt ils la montrent;                                                                                       A l’égard de la dent, il fallut contester.                                                                                                       L’un se baissait déja pour amasser la proie;                                                                                             L’autre le pousse, et dit: il est bon de savoir                                                                                                             Qui de nous en aura la joie                                                                                                                Celui qui le premier a pu l’apercevoir                                                                                                         En sera le gobeur; l’autre le verra faire.                                                                                                                      Si par là on juge l’affaire,                                                                                                                Reprit son compagnon, j’ai l’oeil bon, Dieu merci,                                                                                                 Je ne l’ai pas mauvais aussi,                                                                                                           Dit l’autre, et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.                                                                                     Eh bien! vous l’avez vue, et moi je l’ai sentie.                                                                                                         Pendant tout ce bel incident,                                                                                                         Perrin Dandin arrive: ils le prennent pour juge,                                                                                       Perrin fort gravement ouvre l’huître, et la gruge,                                                                                                  Nos deux Messieurs le regardant.                                                                                                  Ce repas fait, il dit d’un ton de Président:                                                                                                 Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille                                                                                        Sans dépens, et qu’en paix chacun chez soi s’en aille….

Monsieur de La Fontaine n’est-il pas moderne? Le texte est de 1671, et quelque peu visionnaire. Qui a gobé l’huître des primaires? Celui qui a mené son chemin sans agresser personne, sérieux et pudique. Et qui contre toute attente, a rencontré la sensibilité populaire, qui n’est pas celle des media, ni des conseillers politiques. François Fillon, c’est un peu la revanche des Chouans, la France est toujours un vieux pays de culture catho, et franchement, c’est plus réjouissant que l’Amérique de Trump.

Jean de La Fontaine n’était pas seulement un moraliste, ses fables étaient autant de libelles à l’adresse des puissants, le Roi en particulier. Ses Contes n’ont rien d’austère, il utilise le rire et la licence comme armes révolutionnaires, il précède les Lumières.

Et quand on fit sa toilette mortuaire, on découvrit qu’il portait un cilice, c’est à dire une chemise de crin que les moines portent par pénitence. C’est cet homme-là dont Georges Pompidou, fin lettré, déclarait; « La Fontaine, l’esprit le plus libre, le plus fantaisiste, le plus individualiste qui soit, mais aussi le plus scrupuleux… »

François Fillon lui ressemblerait-il?

 

 

 

 

 

Score de Trump, score d’Hitler

Un candidat notable à notre élection primaire de la Droite et du Centrea déclaré qu’il ne laisserait personne condamner l’élection du Président Trump avec 58 millions de voix, car le peuple a toujours raison. Je ne pense pas qu’il en aurait dit autant le 20 août 1934 à la lecture des résultats du plébiscite d’Hitler à la Présidence du Reich avec 38 millions de voix, et…90% des votants. Ni Mr. Trump ni Le Führer ne sont des héros parce qu’ils ont gagné. Et s’ils ne sont pas tout à fait comparables, espérons que l’avenir nous le confirmera. Ils ont cependant le racisme et la violence en commun.

J’espère aussi que le candidat dont j’ai parlé ne s’aligne pas, et lui seul, sur le Front National pour se féliciter du résultat de l’élection américaine. J’espère aussi qu’il évitera un peu plus qu’il ne l’a fait le populisme électoral, et en tous cas que le peuple français sera méfiant vis à vis de  ce vice politique. Et que les électeurs de la primaire se souviendront dimanche prochain qu’un candidat rejeté par 80% des français ne saurait faire le poids devant le F.N aux présidentielles, compte tenu de l’abstention qu’il déclencherait, et qui a permis l’avènement de Mr. Trump.

LE JOUR DE LA PRESIDENTIELLE  VENU, NE NOUS ABSTENONS JAMAIS.  Ca peut nous paraître douloureux, mais l’héroïsme, c’est douloureux!